
Cette période est unique !
Tous les matins, je me pavane dans mes allées, roue au vent, le port altier, devant mes femelles qui palabrent en pouffant, et je rejoins mes amis de basse-cour pour la synthèse des nouvelles fraîches.
Pour être paon on n'en est pas moins attaché au monde, et j'avoue être friand de bruits, nouvelles et autres diatribes. D'ailleurs, le signal de mon réveil est toujours donné par un homme, qui chronique à tour de bras sur une radio publique émettant, excusez du peu en modulation de fréquence.
Suivant le réglage de l'appareil, et le respect des programmes de cette chaîne, je tombe, soit sur la fin du bulletin météo, soit sur la bave de Guy Carlier !
Ah ce Guy Carlier !
Il est au monde chronico-journalistique ce que la flaque de gras est au bouillon de boeuf .
Il tache ou dégoûte, souvent les deux.
Toujours à l'affût du bon mot, de la formule pâteuse, de la flèche rouillée.
Il a quand même du mérite, je lui reconnais ça au moins, c'est d'avoir sérieusement maigri, en public et en librairie, sans m'aigrir davantage. J'en avais déduit, entre deux cris, qu'il m'avait saturé dès son premier mot.
On ne peut pas aimer tout le monde, et son père, disait un de mes anciens qui finit sur un ravissant chapeau au grand prix de l'arc de triomphe.
Être pris pour un con a deux avantages immédiats (je ne parle plus de Guy, mais de moi, volatile pédant). Le premier c'est de savoir que, momentanément, l'on se trouve dans un groupe parfaitement identifié, et le second c'est de pouvoir en parler sans gêne.
Et ces temps-ci je suis, nous sommes, vous êtes pris pour des cons.
Plus personne ne sait rien !
Quelques gourous nous rabâchent à longueur de manifestations zénithales ce qu'il faut que nous sachions !
Car nous sommes des ploucs, des ignares, des cons pour parler net.
La fonte de nos économies ? Nous n'en savions rien !
L'érosion de nos retraites ? Pas plus !
Notre Hymne national ? Alors là, excusez moi mais c'est le bouquet !
Il parait que, si la musique est bonne (air connu), les paroles seraient atroces, cruelles, dénuées de poésie et particulièrement offensantes pour le dernier con venu, bref à la limite de la déclaration de guerre.
Pendant longtemps, j'avais remarqué que les gens du dessus (proches ou en plein ISF), pris en flagrant délit de gros plan (parfois de gros plant au salon de l'agriculture), chantaient du bout de la luette, des paroles approximatives.
Je me suis laissé dire qu'il y a même des gens, de ceux qui promeuvent des idées de tout type, qui auraient lâché, un soir de cuite que ce chant était nul.
Moi je le connais bien, parce que lorsque j'eus éclos un jour de printemps, c'est la première musique 'a capela' qui entra dans mes tympans. C'était le gardien de l'enclos, il ne chantait qu'un seul couplet, toujours le même :
Quoi ! Des cohortes étrangères
Feraient la loi dans nos foyers !
Quoi ! Des phalanges mercenaires
Terrasseraient nos fiers guerriers !
Dieu ! Nos mains seraient enchaînées !
Nos fronts sous le joug se ploieraient !
De vils despotes deviendraient
Les maîtres de nos destinées !
Aux armes, citoyens ! Etc.
Avouez que pour un chant nul ça décoiffe un peu !
Mon aigrette en est toute vibrante.
Et puis entre nous, je ne vois pas ce que ça a de plus indécent, se motiver pour défiler, ou appeler dieu pour sauver la Reine ?

