Dans l'impossibilité de sortir de la masse, et de se distinguer autrement que par un anonymat encore plus translucide que celui de son voisin de quignon, ils sont là, sur ce théâtre ouvert par la volonté de Thalès de Millet, Alessandro Volta et Joseph Thomson, qui a pour nom forum ou blog.
Le théâtre est en bas, à l'étage des commentaires.
Il faut les voir ces pékins, sexes entremêlés, débiter leurs vérités, brèves, au comptoir des restes à jeter. Pas une fois un éclair de réalisme ne les entraînerait au suicide!
Même cela est au-dessus de leur capacité de réflexion. Tous les âges sont présents.
Les âges mentaux s'entend, car pour ce qui est des âges biologiques, bien malin est celui qui percera victorieusement les voiles de la chirurgie.
Dans ce théâtre on ne parle pas. On écrit.
Essentiellement des formules creuses, des phrases bateau, et même parfois de vraies pures bêtises étincelantes comme des étrons ciselés.
Ce théâtre a ses conventions, ses usages, sa hiérarchie, sa cour et son jardin. Les costumes sont colorés, c'est leur signe distinctif. Quant aux gestes, ils n'ont rien d'héroïque, juste de quoi s'élever au-dessus du fond fangeux.
Dans ce théâtre on ne bouge pas.
Ni cour ni jardin, un seul coté, et une seule direction pour le défilement des égoïsmes.
Les acteurs véritables sont peu nombreux, mais quelque fois soumis aux envies d'un metteur en scène professionnel.
Cela change-t-il quelque chose ?
Jamais !
Le peuple d'en bas, celui de la scène s'en moque. Il n'est là que pour exister quelques minutes, une heure ou deux, avant de retrouver ses charentaises éculées, son intérieur glacé ses avatars minables et ses cuisants échecs sociaux.
Ce théâtre est une nouvelle cour des miracles, ou les borgnes sont rois, les aveugles écrasés et les mal comprenant ignorés superbement.
Ce théâtre est une pale copie de la nouvelle vie moderne.
Vide de sens et pauvre d'esprit.
Le mensonge y est un art et la bêtise une distinction.
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